mercredi 13 juillet 2011

Mercredi 13 Juillet 2011


Nous sortons de la société du travail sans la remplacer par aucune autre. Nous nous savons, sentons, appréhendons chacun comme chômeur en puissance, sous-employé en puissance, précaire, temporaire, "temps partiel" en puissance. Mais ce chacun de nous sait ne devient pas encore - et est empêché de devenir (...) C'est cette figure centrale du précaire (...) qu'il s'agit de civiliser et de reconnaître (...) pour qu'elle puisse devenir  le droit pour tous de choisir les discontinuités de leur travail sans subir de discontinuité de leur revenu.
Toutes les puissances établies s'opposent à cette reconnaissance et à ce qu'elle entraîne. Car le pouvoir sans entrave du capital a pris sur le travail, sur la société et sir la vie de tous tient précisément à ceci : que le " travail "  - celui qu'on vous fait faire, non celui que vous faites - conserve dans la vie et dans la conscience de chacun sa centralité alors même qu'il est massivement éliminé, économisé et aboli à tous les niveaux par la production, à l'échelle de la société entière et du monde entier.
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Taylorisme : extorquer à l'ouvrier le rendement le plus élevé possible en l'enfermant dans un système de contraintes qui lui enlevait toute marge d'initiative.
Ohnisme : "Quoi faire pour élever la productivité quand les quantités à produire n'augmente pas." La domination totale, totalement répressive; de la personnalité ouvrière devait être remplacée par sa mobilisation totale.

Il faut avoir présent à l'esprit que, chez Toyota lui-même, l'entreprise organisé selon les principes ohniens n'est que l'usine de montage finale employant 10 à 15 % seulement de la main-d’œuvre qui concourt à la fabrication du produit complet. Cette usine de montage est à la pointe d'une pyramide assise sur un total de 45 000 entreprises sous-traitantes, de plus en plus taylorisées à mesure qu'on s'éloigne du sommet.
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"Nul n'est aussi pauvre que celui qui voit sa relation à autrui ou son pouvoir de langage réduits à un travail salarié." Paolo Virno.

Par l'instabilité, la volatilité, la flexibilité, l'inconstance, et l'inconsistance qu'il produit dans tous les domaines, ceux du matériel aussi bien que ceux de l'immatériel, le postfordisme produit les conditions idéologiques et culturelles de sa domination sur les travailleurs " impliqués ". [...] Il a toujours existé des activités, des métiers dans lesquels les travailleurs devaient à la fois être autonomes, totalement impliqués dans leur tâche et accepter la nature, le but et le sens de cette tâche leur soient imposés. Le commandement "soyez sujets, mais au service d'un Autre dont vous ne contesterez jamais les droits sur vous ", ce commandement est en fait vécu et accepté par tous les créatifs à souveraineté réelle mais limitée et asservie que sont les producteurs-à-la-solde d'idées, d'imaginaire, de messages : journalistes, propagandistes, rédacteurs et dessinateurs publicitaires, spécialistes en "relations publiques", chercheurs d'industrie mortifères, civiles ou militaires. Bref ceux ou celle qui se donnent entièrement eux-mêmes dans des activités gratifiantes en elle-mêmes mais par lesquelles il se font l'instrument vénal et empressé d'une volonté étrangère :  dans laquelle ils se vendent.
[...] une marchandise qui travaille [...] L'idéologie qui fait du "savoir se vendre" la plus grande vertu joue ici un rôle décisif et contribue au développement de ce "marché de la personnalité" que ce que C. Wright Mills décrivait dès le début des années cinquante.

vendredi 8 juillet 2011

Vendredi 8 juillet 2011


André Gorz, Misères du présent Richesse du possible_Galilée1997
Introduction (notes prise dans) 

Il faut apprendre à discerner les chances non réalisés qui sommeillent dans les replis du présent. Il faut vouloir s'emparer des ces chances, s'emparer de ce qui change. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut oser l'Exode. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la "crise", car il n'y a plus de crise : un nouveau système s'est mis en place qui abolit massivement le " travail ". Il restaure les pires formes de domination, d'asservissement, d’exploitation en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce " travail " qui abolit.[...] Il faut oser nous réapproprier le travail.
[...] Le " travail " qu'on a ou n'a pas peut n'avoir aucune des caractéristiques du travail au sens anthropologique ou au sens philosophique.[...] Ce " travail " est défini au départ comme une activité sociale, destinée à s'inscrire dans un flux d'échanges sociaux à l'échelle de la société entière. Sa rémunération atteste cette insertion mais n'est pas non plus essentielle : l'essentiel est que le " travail " remplit une fonction socialement identifiable, il doit être lui même identifiable par les compétences socialement définies qu'il met en œuvre selon des procédures socialement déterminées. Il doit en d'autres termes, être un " métier ", un " profession " : c'est-à-dire la mise en œuvre de compétences institutionnellement certifiée selon des procédures homologuées.
[...]
En principe (mais en principe seulement) l'abolition massive du " travail ", sa déstandardisation et démassification postfordistes, la désétatisation et débureaucratisation de la protection sociale auraient pu ou dû ouvrir l'espace social à un foisonnement d'activité auto-organisé et autodéterminées en fonction des besoins ressentis et réfléchis. Cette libération du travail et cet élargissement de l'espace public n'ont pas eu lieu [...] Or la déstandardisation et démassification , et la débureaucratisation postfordistes poursuivaient le but inverse : substituer aux lois que les sociétés-État se donnent, les " lois " sans hauteur de marché ; grâce au jeu sans entraves de ces " lois ", soustraire le capital au pouvoir du politique ; mettre au pas des classes ouvrières rebelles en abolissant le " travail " tout en continuant de faire du " travail " la base de l'appartenance et des droits sociaux, la voie obligée vers l'estime de soi et des autres. C'est ainsi que s'est ouverte une ère nouvelle dans laquelle ce qui pouvait servir à libérer les hommes et les femmes des besoins de servitudes, a été retourné contre eux pour les déposséder et les asservir. [...] C'est ainsi que la reproduction matérielle et culturelle des société entre en crise et que se répandent sur tous les continents l'anomie, la barbarie, les guerres " civiles " larvées ou non; la crainte d'un effondrement de la civilisation et de l'implosion de l'économie mondialisé, financiarisée, dans laquelle l'argent rapporte de l'argent sans rien vendre ni acheter lui-même. L'argent est devenu un parasite qui dévore l'économie, le capitale un prédateur qui pille la société.

André Gorz, Misères du présent Richesse du possible_Galilée1997