Nous sortons de la société du travail sans la remplacer par aucune autre. Nous nous savons, sentons, appréhendons chacun comme chômeur en puissance, sous-employé en puissance, précaire, temporaire, "temps partiel" en puissance. Mais ce chacun de nous sait ne devient pas encore - et est empêché de devenir (...) C'est cette figure centrale du précaire (...) qu'il s'agit de civiliser et de reconnaître (...) pour qu'elle puisse devenir le droit pour tous de choisir les discontinuités de leur travail sans subir de discontinuité de leur revenu.
Toutes les puissances établies s'opposent à cette reconnaissance et à ce qu'elle entraîne. Car le pouvoir sans entrave du capital a pris sur le travail, sur la société et sir la vie de tous tient précisément à ceci : que le " travail " - celui qu'on vous fait faire, non celui que vous faites - conserve dans la vie et dans la conscience de chacun sa centralité alors même qu'il est massivement éliminé, économisé et aboli à tous les niveaux par la production, à l'échelle de la société entière et du monde entier.
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Taylorisme : extorquer à l'ouvrier le rendement le plus élevé possible en l'enfermant dans un système de contraintes qui lui enlevait toute marge d'initiative.Ohnisme : "Quoi faire pour élever la productivité quand les quantités à produire n'augmente pas." La domination totale, totalement répressive; de la personnalité ouvrière devait être remplacée par sa mobilisation totale.
Il faut avoir présent à l'esprit que, chez Toyota lui-même, l'entreprise organisé selon les principes ohniens n'est que l'usine de montage finale employant 10 à 15 % seulement de la main-d’œuvre qui concourt à la fabrication du produit complet. Cette usine de montage est à la pointe d'une pyramide assise sur un total de 45 000 entreprises sous-traitantes, de plus en plus taylorisées à mesure qu'on s'éloigne du sommet.
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"Nul n'est aussi pauvre que celui qui voit sa relation à autrui ou son pouvoir de langage réduits à un travail salarié." Paolo Virno.Par l'instabilité, la volatilité, la flexibilité, l'inconstance, et l'inconsistance qu'il produit dans tous les domaines, ceux du matériel aussi bien que ceux de l'immatériel, le postfordisme produit les conditions idéologiques et culturelles de sa domination sur les travailleurs " impliqués ". [...] Il a toujours existé des activités, des métiers dans lesquels les travailleurs devaient à la fois être autonomes, totalement impliqués dans leur tâche et accepter la nature, le but et le sens de cette tâche leur soient imposés. Le commandement "soyez sujets, mais au service d'un Autre dont vous ne contesterez jamais les droits sur vous ", ce commandement est en fait vécu et accepté par tous les créatifs à souveraineté réelle mais limitée et asservie que sont les producteurs-à-la-solde d'idées, d'imaginaire, de messages : journalistes, propagandistes, rédacteurs et dessinateurs publicitaires, spécialistes en "relations publiques", chercheurs d'industrie mortifères, civiles ou militaires. Bref ceux ou celle qui se donnent entièrement eux-mêmes dans des activités gratifiantes en elle-mêmes mais par lesquelles il se font l'instrument vénal et empressé d'une volonté étrangère : dans laquelle ils se vendent.
[...] une marchandise qui travaille [...] L'idéologie qui fait du "savoir se vendre" la plus grande vertu joue ici un rôle décisif et contribue au développement de ce "marché de la personnalité" que ce que C. Wright Mills décrivait dès le début des années cinquante.

