vendredi 8 juillet 2011
Vendredi 8 juillet 2011
André Gorz, Misères du présent Richesse du possible_Galilée1997
Introduction (notes prise dans)
Il faut apprendre à discerner les chances non réalisés qui sommeillent dans les replis du présent. Il faut vouloir s'emparer des ces chances, s'emparer de ce qui change. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut oser l'Exode. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la "crise", car il n'y a plus de crise : un nouveau système s'est mis en place qui abolit massivement le " travail ". Il restaure les pires formes de domination, d'asservissement, d’exploitation en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce " travail " qui abolit.[...] Il faut oser nous réapproprier le travail.
[...] Le " travail " qu'on a ou n'a pas peut n'avoir aucune des caractéristiques du travail au sens anthropologique ou au sens philosophique.[...] Ce " travail " est défini au départ comme une activité sociale, destinée à s'inscrire dans un flux d'échanges sociaux à l'échelle de la société entière. Sa rémunération atteste cette insertion mais n'est pas non plus essentielle : l'essentiel est que le " travail " remplit une fonction socialement identifiable, il doit être lui même identifiable par les compétences socialement définies qu'il met en œuvre selon des procédures socialement déterminées. Il doit en d'autres termes, être un " métier ", un " profession " : c'est-à-dire la mise en œuvre de compétences institutionnellement certifiée selon des procédures homologuées.
[...]
En principe (mais en principe seulement) l'abolition massive du " travail ", sa déstandardisation et démassification postfordistes, la désétatisation et débureaucratisation de la protection sociale auraient pu ou dû ouvrir l'espace social à un foisonnement d'activité auto-organisé et autodéterminées en fonction des besoins ressentis et réfléchis. Cette libération du travail et cet élargissement de l'espace public n'ont pas eu lieu [...] Or la déstandardisation et démassification , et la débureaucratisation postfordistes poursuivaient le but inverse : substituer aux lois que les sociétés-État se donnent, les " lois " sans hauteur de marché ; grâce au jeu sans entraves de ces " lois ", soustraire le capital au pouvoir du politique ; mettre au pas des classes ouvrières rebelles en abolissant le " travail " tout en continuant de faire du " travail " la base de l'appartenance et des droits sociaux, la voie obligée vers l'estime de soi et des autres. C'est ainsi que s'est ouverte une ère nouvelle dans laquelle ce qui pouvait servir à libérer les hommes et les femmes des besoins de servitudes, a été retourné contre eux pour les déposséder et les asservir. [...] C'est ainsi que la reproduction matérielle et culturelle des société entre en crise et que se répandent sur tous les continents l'anomie, la barbarie, les guerres " civiles " larvées ou non; la crainte d'un effondrement de la civilisation et de l'implosion de l'économie mondialisé, financiarisée, dans laquelle l'argent rapporte de l'argent sans rien vendre ni acheter lui-même. L'argent est devenu un parasite qui dévore l'économie, le capitale un prédateur qui pille la société.
André Gorz, Misères du présent Richesse du possible_Galilée1997
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