vendredi 25 mars 2011
Notes (sur le sonore)
Jacques Attali, Bruits (essai sur l'économie politique de la musique)_ Presse Universitaires de France 1977.
"[...] Monter que la musique, avant la marchandise, est simulacre de sacrifice du Bouc émissaire, et qu'elle a la même fonction, exige d'établir deux résultats :
D'une part le bruit est violence : il dérange. Faire du bruit, c'est rompre une transmission, débrancher, tuer. Il est simulacre de meurtre.
D'autre part, la musique est canalisation du bruit et donc simulacre de sacrifice. Elle et donc sublimation, exacerbation de l'imaginaire, en même temps que création d'ordre social et d'intégration politique.[...]"
Le bruit, simulacre du meurtre
Un bruit est une sonorité qui g^ne l'écoute d'un message en cours d'émission. Une sonorité étant un ensemble de sons purs simultané, de fréquences déterminées et d'intensités différentes. Le bruit n'existe donc pas en lui même, mais par rapport où il s'inscrit : émetteur, transmetteur, récepteur. [...] Le bruit a toujours était ressenti comme destruction, désordre, salissure, pollution, agression contre le code qui structure les messages. Il renvoie donc, dans toute les cultures, à l'idée d'arme, de blasphème, de fléau. "Voici, je vais faire venir sur ce lieu un malheur qui étourdira les oreilles de quiconque en entendra parler" (Jérémie, 19.9) "Quand les tambours de la Résurrection ont résonné, ils se sont bouché les oreilles de terreur" (Al Din Runir, Divani, Shansi Tabriz).
Dans sa réalité biologique, le bruit est un moyen de faire mal. Au-delà d'un limite, il devient une arme immatérielle de mort. L'oreille, transformateur de signaux sonores en impulsions électriques adressées au cerveau, peut être dégradée, et même détruite. Lorsque la fréquence d'une sonorité dépasse 20 000Hz, ou lorsque son intensité dépasse le 80 dB Baisse des capacités intellectuelles, ralentissement digestif, névrose, altération de l'élocution rythment les conséquences d'une ambiance sonore excessive.
Arme de mort, il l'est devenu dans les technologie industrielle. Mais, comme la mort n'est qu'un excès de vie, le bruit à toujours été perçu comme source d'exaltation, forme de drogue, capable de guérir des piqûres de tarentule ou, selon Boissieu de Sauvage (dans sa Nosologie méthodique) de "14 formes de mélancolie", thérapeutique.
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