
Le vestige dit le temps qu'il fera.
Certains sons, certains fredons disent en nous quel "ancien temps" il fait actuellement en nous.
La caractéristique de l'harmonie est de ressusciter la curiosité sonore défunte dès que le langage articulé et sémantique s'étend en nous.
Il existe des bruits qui sont "passionnés" en chacun de nous.
[....] Des sons non visuels, qui ignorent à jamais la vue, errent en nous. Des sons anciens nous ont persécutés. Nous ne voyions pas encore. Nous ne respirions pas encore. Nous ne criions pas encore. Nous entendions.
Des scènes visibles me médusent et m'abandonnent au silence au silence qui est lui même carence. J'ai souffert de mutisme : c'est un chant carencé. C'est une danse : on se balance d'avant en arrière. Ou encore la tête tourne d'une oreille sur l'autre. Le silence est rythmique. Mais la plupart des cris aigus, certains fracasme bouleversent sans mesure, jusqu'à l'arythmie. Les sons plongent dans un silence de l'ouïe plus déchiré que le silence de la vue dont Horace prétend pourtant qu'il est le premier déchirant esthétique. (Théophraste)
Seule la musique est déchirante.
[...] La langue ne prolonge pas à proprement parler ce qui est. Elle extériorise. Elle introduit du hors dans une plénitude. Introduire du retard dans l'immédiat : c'est la musique (ou la mémoire)
et c'est pourquoi mnèmosyne et musica sont les mêmes.
après-coup, absence, discontinu, mort, division binaire, couple, intervalle, duel, sexe, lutte.
(Un flux de mots poussant un homme dans le vide)
Les sons de la musique sépare du sonore naturel
épouvantail sonore, croque-mitaine sonore & tintinnabulant
bruissement terrifiant
La musique est comme un sourire panique. Toute vibration qui approche le battement du cœur et le rythme du souffle entraîne une contraction, aussi involontaire, aussi irrésistible, aussi panique.
Le premier rythme fut la battue du cœur.
Le deuxième rythme fut la pulmonation et son cri.
Le troisième rythme fut la cadence du pas dans la marche debout.
Le quatrième rythme fut le retour des assaillant des vagues retombant sur la rive.
...
Ulysse n'a jamais dit que le chant des Sirènes était beau. Ulysse qui est le seul humain qui ait entendu le chant qui fait mourir sans l'avoir fait mourir dit pour caractériser le chant des Sirènes, que ce chant "remplit le cœur du désir d'écouter."
théâtre respiratoire, silence murés,
>>>>Pascal Quignard.LA HAINE DE LA MUSIQUE-édition Calmann-lévy 1996
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