



" [...] "je vais arranger ça", dit Arnie à haute voix. Il éteignit la télé, sortit son dictaphone ; assis devant l'appareil, le micro à la main, il enregistra un message, [...] Les bobines du dictaphone se mirent à tourner d'une manière encourageante.[...] Il arrêta la machine et réfléchit un instant pour voir s'il fallait ajouter quelque chose. Non, il avait tout dit ; entre lui et un gars comme Scott Temple, davantage de précisions seraient superflues ; [...] après avoir retiré la bobine, l'idée lui vint de la repasser pour s'assurer qu'elle été bien codée. Mon Dieu, quelle calamité si un malencontreux hasard la faisait sortir en clair ! Mais elle avait été parfaitement codée, et même selon le procédé qu'il préférait : la machine avait transformé les unités sémantiques en une parodie de musique électronique contemporaine évoquant une bagarre de chats. En écoutant les crachements, les grondements, les cris aigus, les sifflements et les bourdonnements, Arnie se mit à rire au point d'en avoir les larmes au yeux ; il dut aller dans la salle de bain et se passer de l'eau froide sur le visage pour se calmer.
Puis il retourna vers le dictaphone et inscrivit soigneusement sur la boîte dans laquelle se trouvait la bobine :
LE FILS DE L'ESPRIT DU VENT, UNE CANTATE DE KARL WILLIAM DITTERSHAND
[...]
La bande du magnétophone était arrivée en bout de course ; la musique s'était tue depuis longtemps. Arnie se dirigea à grande enjambée vers sa discothèque et s'empara d'un bobine au hasard. [...] Il examina la boite, et lu :
W.A. Mozart, Symphonie N°40 en sol mineur, K.550
-J'adore Mozart, confia-t-il à Doreen, à Jack Bohlen et au fils Steiner. Je vais mettre cet enregistrement.
Il sortit la bobine de sa boite et la plaça sur la magnétophone ; puis il tripota les boutons de l'amplificateur jusqu'au moment où se fit entendre le sifflement de l'amorce passant devant la tête de lecture.
-C'est Bruno Walter qui dirige, déclara-t-il à ses invités. Un grand événement de l'âge d'or du disque.
Les haut-parleurs émirent un horrible vacarme constitué de grincement et de cris stridents. Ces bruits, on dirait les convulsions des morts, se dit Arnie avec horreur. Il se précipita pour éteindre le magnétophone. "
Philip K. Dick _glissement de temps sur mars.
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