Qu'est-ce que l'information, en réalité ? Il me semble extrêmement néfaste de parler d'«économie de l'information». L'important, ce n'est pas les données, mais l'attention. Dans quelques années, vous pourrez peut-être transporter dans votre poche toute la Bibliothèque du Congrès. Et alors? Jamais vous ne lirez toute la Bibliothèque du Congrès. Vous serez mort avant d'en avoir lu ne serait-ce qu'un millième. Ce qui importe - et va devenir de plus en plus important -, c'est le processus par lequel vous déterminez ce qu'il faut regarder. Ici commence véritablement l'économie de l'information. Ce qui compte, ce n'est pas qui possède les livres, qui les imprime, qui détient les droits de propriété. Le point crucial, c'est l'accès, pas la propriété. Et ce n'est pas même, en vérité, l'accès lui-même, mais les indications qui disent à quoi il vous faut accéder - à quoi il vous faut prêter attention. Dans l'économie de l'information, tout est surabondant - sauf l'attention.
Voilà pourquoi le prestidigitateur est la créature appelée à diriger l'univers de l'information. Les prestidigitateurs dirigent notre attention. Ne vous occupez pas de cet homme derrière le rideau. Non, non! Regardez ma main! Je peux faire disparaître un candidat. Voyez comme je fais sortir le Président d'un chapeau. Regardez! Je peux faire disparaître ces gens affamés dans un nuage de bruit médiatique. Rien dans les poches. Vite fait! Les faits ne comptent pas si notre attention est adroitement dirigée.
Les prestidigitateurs sont comme de méchants anti-bibliothécaires; ils sont le «Côté Obscur de la Force».
[...] L'information et l'attention sont filtrées par eux, leur critère est la rentabilité, et la rentabilité est une feinte et une escroquerie.
Bruce Sterling Libre comme l'air, l'eau, comme la connaissance