lundi 20 octobre 2008

U-TOPOS


Nous sommes au Nigeria au début des années 1970. Le pays à peine sorti d'une guerre civile connaît un véritable boom pétrolier qui le propulse en quelques mois au rang des premiers pays exportateurs de l'O.P.E.P. Les juntes militaires se succèdent, l’élite et les multinationales se partagent alors les bénéfices de la manne pétrolière dans une corruption généralisée, tandis que les ghettos qui se multiplient dans la périphérie de Lagos sont immobilisés dans un go slow, NO water, NO food, NO Job, NO money, NO road, NO light, NO government. Dans cette atmosphère où la corruption et l’arbitraire sont loi, émerge le chef d’État de KALAKUTA REPUBLIC (1974-1984) : FELA ANIKULAPO KUTI [celui qui porte la mort dans sa poche (en yoruba)] [1938-1997].


Afribeat.com Photos Bailey's African Archives

1974, de retour chez lui, après une dérive en milieu carcéral, qui finira à Alagbon Close, dans une cellule du nom de Kalakuta; Fela fait poser un fil barbelé de quatre mètre de haut autour de la propriété familial, sa maison, la clinique de son frère et bout de terrain, déclarant l'espace en question état indépendant est REPUBLIQUE KALAKUTA ; royaume de l'utopie à Lagos, KALAKUTA vas prendre progressivement possession d'une bonne partie du quartier, y vivent pêle-mêle roadies, danseuses, musiciens mais aussi toutes sortes de gens parmi lesquels beaucoup de jeunes qui y trouvèrent un refuge contre la misère en même temps qu'une activité politique, la république libre et indépendante, zone mouvante, qui durera 10 ans, malgré les nombreuses vagues de répression et de massacres perpétrés par les différents régimes qui se succèdent.
La république de
KALAKUTA possède son temple, le "Shrine" qui réunit jeunes de la rue, étudiants, chômeurs, domestiques, professionnels de toutes sortes, vendeurs, professeurs d'université, intellectuels, membres du gouvernements, policiers, soldats, diplomates et ambassadeurs. Une nuit au Shrine ne se limite pas à une simple partie de plaisir musical. C'est aussi un pèlerinage de rapprochement vers les racines africaines à travers ses héros et ses pratiques religieuses.


Confiant en son Afrobeat - la musique progressiste du futur ! Fela & Africa 70 (puis Egypt 80) peuvent sereinement faire face à la révolution culturelle qui attend le pays, revigoré par la nouvelle idéologie qu'ils véhiculent : le panafricanisme. Chacune des chansons s'apparentent à un manifeste qui analyse spécifiquement le mal qui gangrène les sociétés africaines. Pour imposer l'Afrobeat, Fela mena une guerre médiatique contre les vils suiveurs des vedettes occidentales et les chanteurs qui glorifient les nouveaux riches du Nigeria au business facile. L'Afrobeat est une machine (révolutionnaire, festive, psychédélique, explosive, répétitive, hypnotique, transcendante), et ses instruments oratoires scéniques sont la dérision, le sarcasme et la satire. "MUSIC IS THE WEAPON OF TOMORROW.


1971: Après le "bid" de l'album intitulé Wayo, l'imparable jeun k'oku (le glouton), marque une rupture high-life jazzistique pour donner la voie à une approche polyrythmique, plus soul : fanfares de cuivres, guitares funky, basses percussives, percussions entêtantes ne manquent pas de rappeler un air de free jazz qui plonge ses racines dans les entrailles culturelles africaines. L'Afro Spot se transforme en Africa Shrine (lieu saint en Afrique) et vas a présent répandre sur les foules un message de libération.
1974: Fela est blessé lors de la descente de police à la république Kalakuta
1977 : Plus d'un millier de militaires attaquèrent la micro-nation, Tous les biens sont saccagés maison, clinique, studio d'enregistrement, instruments de musiques détruits, hommes et femmes torturés, mutilés sexuellement, son frère Beko finira sur une chaise roulante, sa mère Funmilayo, (ancienne ministre du Travail ; qui c'est battue pour l'obtention du droit de vote pour les femmes du Sud du Nigéria), alors âgée de 78 ans, est défenestrée par les militaires. Grièvement blessée, elle décèdera quelques mois plus tard. Par suite, le gouvernement tenta de diligenter une mascarade d'enquête, avant de conclure dans son rapport officiel en avril 1977 que le massacre de Kalakuta était le fait d'un soldat exaspéré et inconnu. Cette attaque sans précédent engendra un choc physique et psychologique, le précipite dans un rôle de premier dissident politique du pays tout en le maintenant dans une impasse financière.
1977. Il décida d'organiser un contre F.E.S.T.A.C (Festival des Arts et Cultures africains) transformé en un synonyme de -fiasco pour l'état - au shrine. Le succès fut sans appel. Entres autres grandes vedettes, furent présents Stevie Wonder, Archie Shepp et Sun Ra.

1978. Accra, stade archi comble, Fela & Afirca 70 joue "Zombie", des émeutes éclatèrent. Le groupe fut arrêté et maintenu en prison 2 jours avant d'être conduit dans un avion pour Lagos, avec l'interdiction de revenir se produire au Ghana.
1978 : pour célébrer le premier anniversaire de la destruction de la "République Kalakuta", Fela se maria à 27 filles lors d'une cérémonie collective (la plupart de ces filles était des chanteuses ou danseuses du groupe). Toutes prirent le nom "d'Anikulapo-Kuti" (bénéficiant aussi d'un autre rend social lié au nom) .
1978 : Dans les différents financiers qui l'opposent à Abiola, le président de sa maison de disque DECCA, il décida avec son organisation de squatter les locaux pendant des semaines avant d'aller déverser des sacs de merde sur les mûrs de son palace à Lagos. C'est ce à quoi retourne le satirique "Gimme Shit I Give You Shit".
A Olusengun Obasanjo, il alla déposer sur le perron de la présidence, le cercueil de sa mère, morte des suites des contusions infligés par le raid militaire de 77.

Olusegun Obasanjo et George W Bush_juin 2003.

1981 : prémonitoire et tragique, le monde vient de perdre Bob Marley. L'intérêt des majors de disque pour la musique afro pop se fait de plus en plus clair. Chris Blackwell, président d'Island Records le considère comme le digne successeur charismatique de Bob Marley. Il eût des concerts phénoménaux en Europe. Mais contrairement aux désirs des promoteurs, il n'était pas question pour lui de compromettre sa musique, encore moins ses idées : - D'abord, il n'a joué que des opus non enregistrés en studio. - Deuxièmement, ses chansons demeurent aussi longues et conservent toute leur portée politique.
"Je trouve inintéressant de jouer des vieux morceaux. Je veux que mon audience sache où je suis, non pas où j'étais. Me situer dans le présent, me fait progresser, me met dans le sens de la communication. Revenir en arrière pour jouer des vieux tubes est rétrograde. Cela ne me place pas dans une situation de défit ni de force pour écrire de nouvelles chansons. Avec un tel état d'esprit, je suis contrains d'écrire."
1985: il se sépare de ses femmes, au journaliste qui le questionna des motivations de cette séparation, il répliqua : "Le mariage est une institution. Peu importe comment vous protégez une femme, si elle a envie d'une histoire d'amour, elle l'aura. Je condamne le mariage en tant qu'institution, le mariage apporte la jalousie et l'égoïsme. Je ne veux pas posséder une femme. Souvent, pour justifier son attitude à l'égard des femmes, il emprunte des subtilités linguistico-culturelles : "Comment pouvez-vous parler de la prostitution comme une disgrâce ? Le terme prostitution n'existe pas en Afrique... En Yoruba, on dit asewo, qui signifie l'échangeur de monnaies. Chez les ibos, on dit akunakuna, qui signifie celui qui tourne en rond. Vous savez que vous ne pouvez pas avoir une femme en Afrique sans payer la dot ?"
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paroles d' I.T.T.


sources:
Fela "why Blackman carry shit" Mabinuori Kayobe Idowu, édition Florent-Massot
http://alternativesound.musicblog.fr/408553/Fela-Seun-Kuti/
http://antoninsabot.over-blog.com/article-11695982.html
http://www.felaproject.net/felaone.html
http://www.afrology.com/soc/fela.html
http://bello.dine.free.fr/fela_black_president_1.php






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