vendredi 12 septembre 2008

GRANDMASTER FALSH


" A ses débuts, Kool Herc gardait une longueur d'avance sur les autres DJ grâce à la puissance de son sound-system. Grâce à son génie de la programmation, Bamaataa changea la donne. Dans la rue les deux hommes étaient des titans, soutenus par un crew impressionnant. Mais au début, Jospeh Saddler n'avait pas d'équipements coûteux, de collection de disques géante ou de posse de suiveur. Tout ce qu'il avait, c'était un style.

Il était le quatrième de cinq enfants d'immigrants des Barbades, seul garçon dans une maisonnée de filles, sur fox et la 163e Rue, au cœur de Fort Apache, parmi les Skulls, les Spades et les Ghetto Brothers. La loi de la rue l'attirait moins que les radios cassées qui y traînaient. "J'était un scientifique en quête perpétuelle. J'allais voir ce qu'il y avait dans les sèche-cheveux, dans les machines à laver, dans les chaînes hi-fi et dans les radios, tout et n'importe quoi, pourvu que ça se branche" , se rappelle-t-il. Tandis que des junkies en manques pillaient des immeubles abandonnés dévastés par les incendies criminels pour dénicher des tuyaux de cuivre afin de se fabriquer des pipes à crack, Saddler fouillait les voitures abandonnées pour récupérer autoradios et haut-parleurs. Il les rapportait dans sa chambre et tâchait de voir s'il pouvait les faire chanter de nouveau."Je voulais savoir ce que c'est une résistance. Un condensateur. Un transformateur. C'est quoi AC ? C'est quoi DC ? Comment ça marche ?"

[…]
Saddler n'allait pas aux jams de Kool Herc ou de Pete "DJ" Jones pour défoncer, brancher les filles ou se faire voir. Il restait en arrière, aux aguets, et absorbait tout – le DJ, la foule, l'équipement, la musique. De retour dans sa chambre, armé de son tournevis, de son fer à souder et de sa curiosité insatiable, le gamin qui allait devenir Grandmaster Flash élaborait des théories sur la platine et la table de mixage, méditait sur la présentation de la fête, et essayait de découvrir comment élaborer une science de la fabrication du beat et de l'animation des foules. L'œuvre de Herc et Jones consistait à libérer la musique enregistrée des contraintes linéaires et temporelles. Mais pour Flash, Herc manquait de rigueur. Certes le break se prolongeait, mais il ne revenait jamais sur le beat en rythme, parce qu'il laissait tombait l'aiguille n'importe où. Quand Flash vit Pete "DJ" Jones rallonger les disques disco sans coupure en mixant deux exemplaires du même disque, il eut l'idée d'appliquer la même technique à la musique qu'il aimait vraiment – les breaks que faisait tourner Herc. Flash voulait dégager ces tranches de temps enregistrés de la progression temporelle, pour recirconscrire le break d'une chanson dans une nouvelle boucle parfaite. Prenant exemple sur Jones, il commença à travailler sur l'idée lors des fêtes le week-end dans un appartement vide de son immeuble. Dans la semaine, il étudiait la table de mixage – bricolant un branchement casque sur son matériel bon marché – et la platine – essayant de comprendre quel modèle, quelles cellules et quelles aiguilles étaient les plus solides, quels plateaux avaient la meilleure force de torsion. Il examina le circuit élémentaire de Jones – commencer le break du disque 1, brancher le disque 2 sur le casque, terminer le break du disque 1, commencer le break 2, rebrancher le break 1. Puis il comprit que le rythme de chaque disque traçait sa propre circonférence, que le break pouvait être mesuré point-à-point, et il conçut une théorie dont la base consistait à tracer des repères sur l'étiquette du disque de façon à fractionner celui-ci comme le cadran d'une montre. Ce fut sa grande avancée, dit-il. "J'ai découvert la théorie du Quick Mix, qui comprenait en gros le cutting, le backspin et le double-back."

Après des mois passés à étudier et raffiner le système, Flash eut finalement le sentiment d'avoir amené son mix à la perfection. A l'été 1975, il était temps de le livrer au monde impatient. […] " La première fois que je me suis lancé, la foule est restée plantée là, à me regarder sans bouger. J'espérais qu'on allait me sortir : 'Waouh, génial, j'adore!' Mais en fait pas de réaction, pas un geste. Des centaines de gens, qui se tenait là les bras croisés. Ils essayaient juste de comprendre […] J'ai pleuré pendant un bonne semaine […] On s'est moqué de moi pendant un an ou deux: ' T'es le type qui détruit les disques!'" rigole Flash. " Mais tous les DJ ont du transformer leur style."
Jeff Chang Can't Stop Won't stop_LE DI-JING : LE STYLE COMME UNE SCIENCE.

  • GRANDMASTER FLASH in Wild Style_Charlie Ahearn 1982. ici
  • GRANDMASTER FLASH On The Wheels Of Steel 1981 ici

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